LES ORGUEILS DE CHARLOT


Quand j'étais petite fille dans notre ferme à la campagne j'avais un peu peur des vaches, surtout du gros taureau Charlot, oui c'est comme ça qu'il s'appelait ce taureau, il était tout noir, avec une tâche de blanc sur la tête et des grandes cornes pointues, il était pas castré, alors il avait des gros testicules qui pendaient entre ses jambes de derrière, et il montait toujours sur les vaches.

Moi je l'aimais bien Charlot, même s'il me faisait peur, il était beau, mais un jour, dans les champs, il m'a couru après, et ce jour-là j'ai vraiment eu peur de lui, il avait l'air enragé.

Il y avait un champ de luzerne et moi, petite fille, j'avais même pas six ans, je gardais les vaches avec mon chien, mon chien Jules César, et mon père m'avait dit de bien faire attention que les vaches n'aillent pas manger la luzerne qui était à côté du champ où je gardais les vaches, mais Charlot il était gourmand et indépendant, il allait tout le temps dans la luzerne parce qu'elle était plus verte et plus abondante que l'herbe du champs où les vaches devaient manger.

Jules césar lui aussi il avait peur de ce gros taureau, Jules César il était très poltron, et en plus il était borgne, il avait perdu un oeil, alors moi, encore toute petite, un peu timide, pas trop dévergondée, ne comprenant pas encore pourquoi Charlot il montait toujours sur les vaches, je suis allée frapper sur le dos de Charlot avec mon bâton pour le faire sortir de la luzerne, et ce jour-là il s'est mis en colère parce-qu'il voulait encore manger de cette bonne et tendre luzerne, alors il a baissé la tête, il a gratté la terre avec son pied, comme un taureau espagnol dans une corrida, et tout à coup il a foncé vers moi, et moi, bien sûr, j'ai eu peur et je me suis mise à courir pour qu'il ne m'encorne pas, heureusement il y avait un petit mur de pierres le long du champ de luzerne et j'ai réussi à sauter par-dessus, Charlot lui il s'est arrêté au mur qui était trop haut pour lui et il m'a regardé avec ses gros yeux furieux tout en grattant la terre avec son pied, il avait de la bave qui dégoulinait de sa bouche, et j'ai ressenti, même si j'étais encore une petite fille, que Charlot il aurait bien voulu me sauter dessus comme il le faisait tout le temps avec les vaches.

Après ša j'ai plus jamais eu peur des vaches, ni de Charlot, au contraire moi je les aime bien les vaches, sauf que maintenant que je suis une femme de vingt-six ans, une fermière qui doit tous les jours s'occuper des vaches, les traire, les nettoyer, leur donner à manger, les faire sortir dans les champs, eh ben moi les vaches elles m'embêtent un peu, je les trouve bêtes.

Quant à Charlot, il est mort maintenant, on en a fait des biftecks, mais avant qu'il meure on lui a coupé les couilles, il était devenu impossible, trop méchant, trop viril, il me courait après tout le temps.

Je crois même que ma mère a fait cuire les testicules de Charlot le jours où on l'a castré, et nous on les a mangés, ma mère nous a dit que c'était un plat très recherché, un plat gourmet les couilles de taureau, elle nous a dit qu'on appelle ça des orgueils de boeuf dans les grands restaurants de Paris plutôt que des couilles.


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